Coco.gg a été bloqué par les autorités françaises après plusieurs procédures liées à des contenus illicites. Bounty.chat s’est positionné comme successeur direct, reprenant une interface proche et un fonctionnement similaire. Mais entre les deux plateformes, et face aux alternatives qui existent, le choix ne se réduit pas à une question de ressemblance graphique : modération, traçabilité technique et statut réglementaire sont les vrais critères à examiner.
Ce que le DSA change concrètement pour les plateformes de tchat anonyme
Le Digital Services Act impose aux plateformes des obligations de traitement des signalements et de coopération avec les autorités, indépendamment du fait que les utilisateurs s’inscrivent sous pseudonyme. Le pseudonymat n’est pas interdit en droit européen, mais il ne protège pas la plateforme de ses obligations de modération.
Ce point est central pour comparer Coco et Bounty.chat. Une plateforme peut autoriser l’accès sans compte nominatif tout en collectant des données techniques (adresse IP, identifiant de session, horodatage). Ces données sont mobilisables sur demande judiciaire, quelle que soit la politique d’affichage du pseudonyme.
L’Arcom, de son côté, ne réexamine pas le fond des décisions de modération individuelles. Son rôle porte sur la supervision des plateformes : vérification du respect des procédures de signalement, injonctions, et en dernier recours, blocage. Bounty.chat est explicitement dans le viseur de l’Arcom pour des faits similaires à ceux qui ont conduit au blocage de Coco.
Bounty.chat vs Coco : les différences de modération et de risque

Structurellement, Bounty.chat reproduit le modèle de Coco : accès sans inscription, salons publics ouverts, chat vidéo en pair-à-pair. Cette architecture minimise la friction à l’entrée, mais elle complique mécaniquement la modération proactive.
Les deux plateformes ont fait l’objet de signalements pour diffusion de contenus pédocriminels. Ce n’est pas un détail périphérique : c’est précisément ce motif qui a conduit aux procédures de l’Arcom et aux saisines judiciaires. Choisir Bounty.chat comme remplacement de Coco revient à s’exposer aux mêmes risques légaux pour l’utilisateur, et aux mêmes incertitudes sur la pérennité du service.
Un service qui peut être bloqué du jour au lendemain par décision administrative ou judiciaire n’offre aucune continuité de service. Pour un usage personnel sans intention délictuelle, cela reste un contexte dégradé.
Alternatives fiables au tchat anonyme en ligne
Les alternatives ne sont pas toutes le même type de service. Avant de choisir, il faut distinguer trois catégories :
- Tchat en salon public : des plateformes comme Tchatche ou Net-Tchat proposent des salons thématiques avec modération déclarée. Elles existent depuis longtemps, sont déclarées en France et affichent des conditions d’utilisation accessibles.
- Messagerie pseudonyme avec chiffrement : Signal ou Telegram permettent une communication sous pseudonyme avec des niveaux de chiffrement documentés. La politique de réponse aux réquisitions judiciaires est publique pour ces services. L’usage est différent d’un salon public, mais la confidentialité technique est supérieure.
- Plateformes communautaires thématiques : Discord ou des serveurs IRC permettent de créer des espaces fermés ou semi-ouverts avec des règles de modération définies par les administrateurs. La traçabilité est plus élevée, mais le contrôle sur l’environnement aussi.
Aucune de ces options ne reproduit exactement l’expérience d’un salon de tchat vidéo ouvert et anonyme. C’est précisément ce vide que Bounty.chat tente d’occuper, au prix d’une exposition réglementaire élevée.
Critères techniques pour évaluer un remplacement de Coco
Avant d’utiliser une plateforme de ce type, trois points méritent une vérification concrète.
- Politique de conservation des données : combien de temps les adresses IP et les métadonnées de session sont-elles conservées, et dans quel pays les serveurs sont-ils hébergés ? Un hébergement hors Union européenne complique les recours mais ne supprime pas la coopération judiciaire internationale.
- Mécanisme de signalement : le DSA impose un formulaire de signalement accessible et un traitement dans des délais définis. L’absence de ce mécanisme ou son dysfonctionnement est un indicateur direct du non-respect du cadre européen.
- Statut de la plateforme auprès de l’Arcom : l’Arcom publie des informations sur les procédures en cours. Une plateforme explicitement visée par une injonction de blocage peut devenir inaccessible sans préavis pour les utilisateurs français.
Ces critères s’appliquent aussi bien à Bounty.chat qu’à n’importe quel autre service qui se présente comme successeur de Coco.
Quel service choisir selon l’usage réel
Pour une conversation textuelle sous pseudonyme sans contrainte d’inscription, Tchatche ou des solutions IRC restent les options les plus stables juridiquement en France. Pour la vidéo en pair-à-pair, aucune alternative grand public ne combine aujourd’hui accès anonyme, modération solide et pérennité garantie.
Bounty.chat n’est pas un remplacement fiable de Coco : il en reproduit les fonctionnalités mais aussi les fragilités réglementaires, avec une procédure Arcom déjà engagée. Si la continuité de service compte, ce n’est pas le bon choix. Si la confidentialité technique prime, les messageries chiffrées documentées offrent davantage de garanties réelles que l’anonymat apparent d’un salon public non modéré.

