Le char Leclerc tire un obus de 120 mm sur un drone en plein vol. Cette scène, filmée lors d’exercices du 5e Régiment de cuirassiers aux Émirats arabes unis, résume à elle seule la trajectoire d’un engin conçu dans les années 1980 et toujours capable de surprendre. Derrière ce tir spectaculaire, plusieurs innovations technologiques ont transformé le char Leclerc bien au-delà de son cahier des charges initial.
Lutte anti-drone avec un canon de 120 mm : le Leclerc change de rôle
Les chars sont pensés pour détruire d’autres blindés ou des positions fortifiées, pas pour viser des cibles volantes de petite taille. Le Leclerc a pourtant démontré cette capacité grâce à la munition OEFC F1, en service depuis 2012, qui disperse des billes de tungstène à la manière d’un fusil à pompe géant.
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La munition existait déjà. Ce qui a changé la donne, c’est l’adaptation des procédures de tir. Le 5e Régiment de cuirassiers a mené des essais baptisés « Tirs LAD XL » pour valider un emploi en tir de barrage à très courte portée contre des micro-drones. L’état-major de la 2e Brigade blindée parle d’innovation doctrinale plutôt que technologique.
Ce nouvel emploi implique de nouvelles règles d’engagement, une coordination fine avec des capteurs extérieurs et un changement de posture pour l’équipage. Le char ne se contente plus de foncer et de tirer sur des cibles terrestres : il participe à la bulle de défense aérienne de son unité.
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Intelligence artificielle embarquée dans le Leclerc XLR : vers un char de quatrième génération
La version XLR du Leclerc, développée dans le cadre du programme Scorpion, intègre des briques d’intelligence artificielle qui dépassent la simple numérisation du champ de bataille. KNDS et l’armée de Terre travaillent sur trois axes concrets :
- La détection et l’identification automatique de cibles, qui réduit le temps entre le repérage d’une menace et la décision de tir
- L’assistance à la décision tactique, avec des propositions de trajectoires générées en temps réel selon le terrain et les menaces connues
- La gestion automatisée de la charge cognitive de l’équipage, pour éviter la saturation d’informations en situation de combat intense
Pourquoi cette distinction avec la génération précédente ? Un char de troisième génération numérisé transmet et reçoit des données. Un char de quatrième génération les interprète et propose des actions. Le Leclerc XLR est présenté par KNDS comme un pas dans cette direction, un « AI-enabled MBT » (char de bataille augmenté par l’IA).
Canon ASCALON et projet EMBT : ce que KNDS prépare sur le châssis Leclerc
Le canon actuel du Leclerc, un 120 mm à chargeur automatique, reste performant. Il permet de tirer sur une cible fixe jusqu’à 4 000 mètres en roulant, une capacité que peu de chars concurrents maîtrisent à ce niveau de fiabilité. La cadence atteint six coups par minute grâce au chargeur automatique, qui a permis de réduire l’équipage à trois membres au lieu de quatre.
KNDS développe néanmoins le programme ASCALON, un canon de nouvelle génération destiné à succéder aux tubes de 120 mm actuels. L’objectif : augmenter la portée et la puissance pour répondre à l’évolution des blindages adverses, tout en restant compatible avec les châssis existants.
En parallèle, le démonstrateur EMBT (European Main Battle Tank) combine une tourelle Leclerc avec un châssis de Leopard 2. Ce projet préfigure le programme MGCS (Main Ground Combat System), le futur char franco-allemand qui devrait remplacer à la fois le Leclerc et le Leopard 2. KNDS, issu de la fusion entre Nexter et KMF, se positionne comme intégrateur européen de systèmes de défense terrestre pour ce programme.

Système d’information et combat collaboratif Scorpion
Vous avez déjà remarqué que les chars modernes ne combattent jamais seuls ? Le Leclerc XLR pousse cette logique plus loin que la plupart de ses concurrents grâce à son intégration dans le système d’information du combat Scorpion (SICS).
Ce système permet à chaque engin blindé de partager sa position, ses observations et ses données de tir avec l’ensemble des véhicules de la brigade en temps réel. Un Leclerc XLR qui détecte une menace transmet automatiquement l’information aux Griffon, Jaguar et autres engins de la bulle Scorpion. La réactivité de l’ensemble de la force augmente sans que chaque équipage doive surveiller l’intégralité du champ de bataille.
Cette capacité d’information de commandement, combinée à l’informatique de bord du Leclerc, en fait un nœud de réseau autant qu’un système d’armes. La différence avec un char simplement équipé d’une radio numérique est comparable à celle entre un téléphone et un smartphone : le matériel se ressemble, mais l’usage change radicalement.
Protection active et surblindage du Leclerc XLR
Le Leclerc d’origine misait sur la mobilité et un profil bas pour survivre. La version XLR ajoute des couches de protection supplémentaires :
- Un surblindage modulaire adaptable selon la mission (combat haute intensité, opération urbaine, projection rapide)
- Des dispositifs de protection active capables d’intercepter certains projectiles avant l’impact
- Une architecture de blindage conçue pour évoluer face aux nouvelles menaces, notamment les munitions rôdeuses et les charges formées
Cette approche modulaire tranche avec la philosophie initiale du char. Dans les années 1990, le Leclerc pesait moins lourd que ses concurrents directs, ce qui facilitait son transport stratégique. Le surblindage du XLR alourdit l’engin, mais les retours d’expérience des conflits récents montrent que la protection passive reste un facteur de survie déterminant, même à l’ère des drones.
Le Leclerc a été conçu pour un affrontement blindé classique en Europe centrale. Trois décennies plus tard, il tire sur des drones au Moyen-Orient, intègre de l’intelligence artificielle et sert de base à un futur char européen. Cette longévité repose sur une architecture modulaire suffisamment ouverte pour absorber des technologies imprévues lors de sa conception.

